Rencontre avec Mathieu Belov, programmateur du festival Russenko au Kremlin-Bicêtre, un événement incontournable célébrant la créativité russophone. Avec une décennie d'expérience, Mathieu explore les défis et les réussites de cette manifestation culturelle unique en France.
Portrait de Mathieu Belov, Programmateur du festival Russenko au Kremlin-Bicêtre, 10 ans d'expérience événementiel culturel franco-russe
Mathieu Belov
Programmateur du festival Russenko au Kremlin-Bicêtre, 10 ans d'expérience événementiel culturel franco-russe
Mathieu programme depuis dix ans le festival Russenko au Kremlin-Bicêtre, rendez-vous annuel majeur de la création russophone en France. Il a coordonné plus de cent invitations d'artistes, écrivains et cinéastes venus de Russie, d'Ukraine et de la diaspora.

À l’heure où les échanges culturels se réinventent, le festival Russenko en France, qui se déroule au Kremlin-Bicêtre, s’affirme comme un pilier de la scène artistique russophone hexagonale. Nous avons rencontré Mathieu Belov dans un café animé de Paris, un lieu propice aux discussions passionnées sur l’art et la culture. Mathieu partage avec nous ses réflexions sur la programmation, les défis politiques et l’avenir de ce festival singulier. Pour ceux qui souhaitent approfondir la culture russophone, les cafés littéraires russes à Paris offrent également une riche immersion.

L’origine du festival Russenko : pourquoi le Kremlin-Bicêtre

Camille Andreev : Le festival Russenko est devenu un événement incontournable. Pourquoi avoir choisi le Kremlin-Bicêtre comme lieu pour ce festival ? Cette commune a-t-elle une signification particulière pour vous ?
Mathieu Belov : Le choix du Kremlin-Bicêtre s'est imposé naturellement pour plusieurs raisons. D'une part, cette commune de la banlieue sud de Paris possède une riche histoire d'accueil et d'échanges culturels. Elle est le symbole d'un carrefour où se rencontrent différentes cultures, un lieu idéal pour célébrer la diversité de la création russophone. Le nom même de la ville, évoquant le Kremlin, donne une résonance particulière à notre projet, bien que ce soit une simple coïncidence historique. D'autre part, le Kremlin-Bicêtre offre des infrastructures adaptées pour accueillir un événement de cette envergure, avec des salles de spectacle modernes et accessibles.

En outre, la proximité de Paris permet d’attirer un public diversifié, allant des passionnés de culture russe aux curieux désireux de découvrir de nouvelles formes artistiques. Chaque année, nous constatons un engouement croissant pour le festival, ce qui confirme que notre choix de localisation est pertinent. Le soutien des autorités locales a également été un atout majeur dans le développement de Russenko. Elles ont toujours été ouvertes et enthousiastes à l’idée de promouvoir un dialogue culturel entre la France et la Russie. Enfin, le Kremlin-Bicêtre est une ville dynamique, en pleine mutation, ce qui en fait un terreau fertile pour l’innovation artistique. Nous avons ainsi pu y créer un espace de liberté et d’expression unique pour les artistes russophones.

Programmer en 2026 : choisir entre artistes officiels et voix dissidentes

Camille Andreev : En 2026, comment comptez-vous jongler entre les artistes officiels et les voix dissidentes ? Quels critères guide votre sélection ?
Mathieu Belov : La programmation du festival Russenko est un exercice d'équilibre délicat entre différentes sensibilités artistiques et politiques. Nous avons toujours cherché à offrir une tribune à une diversité de voix, qu'elles soient officielles ou dissidentes. Nos critères de sélection se basent avant tout sur la qualité artistique et l'originalité des projets présentés. Nous nous efforçons de montrer la richesse et la complexité de la scène culturelle russophone contemporaine.

En 2026, nous continuerons à inviter des artistes qui apportent un regard critique et novateur sur la société. Cependant, il est crucial de naviguer avec soin dans le contexte actuel, où les tensions politiques peuvent influencer la perception et la réception des artistes. Notre rôle est de créer un espace de dialogue où les artistes peuvent s’exprimer librement tout en respectant la sensibilité du public. Nous collaborons étroitement avec des partenaires culturels et des experts pour évaluer les projets et assurer une programmation équilibrée.

Il est important de souligner que notre festival est un lieu de rencontre et de réflexion, et non un vecteur de propagande. Nous visons à promouvoir l’art pour sa capacité à questionner, à émouvoir et à rassembler, indépendamment des affiliations politiques. Cette approche nous a permis de construire une réputation de plateforme inclusive et respectée, tant en France qu’à l’international.

Cinéma, littérature, musique : équilibrer la programmation

Camille Andreev : Comment parvenez-vous à équilibrer la programmation entre cinéma, littérature et musique au sein du festival ?
Mathieu Belov : L'équilibre entre cinéma, littérature et musique est au cœur de notre démarche. Chaque discipline artistique offre une perspective unique sur la culture russophone, et notre objectif est de les mettre en valeur de manière harmonieuse. Pour cela, nous travaillons avec des experts de chaque domaine pour sélectionner les œuvres qui résonneront le plus avec notre public.

Le cinéma russe, avec ses réalisateurs emblématiques et ses films d’avant-garde, est une composante essentielle de notre programmation. Nous proposons des projections de films récents ainsi que des rétrospectives de classiques, accompagnées de débats et de rencontres avec les réalisateurs. La littérature, quant à elle, est représentée à travers des lectures, des conférences et des rencontres avec des auteurs contemporains. Nous nous efforçons d’inclure des œuvres traduites en français pour toucher un public plus large.

En ce qui concerne la musique, nous avons la chance d’accueillir des artistes de renom ainsi que de jeunes talents prometteurs. La diversité des genres musicaux est une priorité, allant de la musique classique aux nouvelles scènes électroniques. Chaque édition du festival est conçue comme un voyage à travers les différentes expressions artistiques russophones, et nous veillons à ce que chaque discipline soit représentée de manière équitable. Cela demande une coordination minutieuse et une écoute attentive des attentes du public et des tendances actuelles.

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Le public francophone : qui vient, qu’attend-il du festival

Camille Andreev : Quel est le profil du public francophone qui participe au festival Russenko ? Qu'attend-il de cet événement ?
Mathieu Belov : Le public francophone du festival Russenko est d'une grande diversité, reflétant l'attrait croissant pour la culture russophone en France. Nous accueillons des spectateurs de tous âges et de tous horizons, allant des passionnés de longue date aux néophytes curieux de découvrir une nouvelle scène artistique. Cette diversité est un atout majeur qui enrichit l'expérience du festival.

Les attentes du public sont variées. Certains viennent pour approfondir leur connaissance de la culture russe, d’autres pour découvrir des artistes émergents et des œuvres inédites. Le festival est aussi une occasion de rencontrer des créateurs et d’échanger autour de thématiques contemporaines. Beaucoup de nos visiteurs apprécient la possibilité d’assister à des débats et des conférences qui offrent un éclairage sur les enjeux actuels de la culture russophone.

Nous avons également remarqué un intérêt croissant pour les événements interactifs, tels que les ateliers et les masterclasses, qui permettent au public de s’immerger davantage dans le processus créatif. Enfin, le festival est perçu comme un espace de partage et de convivialité, où l’on peut rencontrer des artistes et des experts dans un cadre informel et chaleureux. Nous nous efforçons de répondre à ces attentes en proposant une programmation riche et accessible, qui puisse séduire un large public tout en restant fidèle à notre mission de promotion de la culture russophone.

Logistique et financement d’un événement culturel franco-russe

Camille Andreev : Organiser un événement de cette envergure nécessite une logistique complexe et des ressources financières importantes. Comment gérez-vous ces aspects ?
Mathieu Belov : La logistique et le financement sont des piliers essentiels pour la réussite du festival Russenko. Chaque année, nous devons planifier avec précision pour accueillir des artistes et des spectateurs dans les meilleures conditions possibles. La logistique implique la coordination des transports, des hébergements, et de l'accueil du public, ainsi que la gestion des espaces scéniques et techniques. Nous travaillons avec une équipe dédiée et des partenaires expérimentés pour assurer que tout se déroule sans accroc.

En termes de financement, nous bénéficions du soutien de plusieurs partenaires institutionnels et privés. Les subventions publiques, notamment de la part des collectivités locales et du ministère de la Culture, jouent un rôle crucial dans notre budget. Nous avons également développé des partenariats avec des entreprises qui partagent notre vision d’un dialogue culturel franco-russe. Le mécénat est un autre levier important que nous explorons pour diversifier nos sources de financement.

Enfin, la billetterie et les recettes générées par les activités annexes, comme la vente de produits dérivés ou les ateliers payants, contribuent également au financement du festival. Nous veillons à maintenir un équilibre entre accessibilité pour le public et viabilité économique. Cette approche nous permet de proposer une programmation de qualité tout en assurant la pérennité de l’événement, et s’inscrit dans la continuité des dynamiques décrites dans notre dossier sur le Prix Russophonie, où les enjeux de financement de la traduction littéraire rejoignent ceux du spectacle vivant — un écosystème que documentent également les annonces et catalogues d’art russe sur art-russe.com.

Les défis politiques actuels et leurs effets sur la programmation

Camille Andreev : Les tensions politiques entre la France et la Russie ont-elles un impact sur la programmation du festival ? Comment gérez-vous ces défis ?
Mathieu Belov : Les défis politiques actuels représentent un contexte délicat pour la programmation du festival Russenko. Nous sommes conscients que les relations diplomatiques peuvent influencer la perception de notre événement, tant du côté français que russe. Toutefois, notre mission principale reste la promotion de la culture et de l'art, au-delà des considérations politiques.

Pour gérer ces défis, nous adoptons une approche transparente et basée sur le dialogue. Nous collaborons avec des experts et des conseillers culturels pour évaluer l’impact potentiel de nos choix de programmation. Nous veillons à ce que chaque artiste et chaque œuvre soit sélectionné sur la base de critères artistiques et non politiques. Notre objectif est de maintenir une plateforme ouverte et inclusive, où la diversité des voix peut s’exprimer librement.

Nous avons également renforcé nos partenariats avec des organisations culturelles internationales qui partagent notre vision d’un dialogue interculturel apaisé. Ces collaborations nous permettent de bénéficier de leur expertise et de garantir une programmation pertinente et respectueuse des sensibilités de chacun. En fin de compte, nous croyons fermement que l’art a le pouvoir de transcender les frontières et d’encourager la compréhension mutuelle, même en période de tensions politiques.

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Diaspora russophone en France : un public, un partenaire, un sujet

Camille Andreev : Quel rôle joue la diaspora russophone en France dans le festival ? Est-elle simplement un public, ou également un partenaire et un sujet ?
Mathieu Belov : La diaspora russophone en France est un acteur clé du festival Russenko, bien au-delà du simple rôle de spectateur. Elle est à la fois un public engagé, un partenaire collaboratif et un sujet d'exploration artistique. Les membres de la diaspora apportent une richesse culturelle et une diversité d'expériences qui enrichissent notre événement.

En tant que public, la diaspora participe activement aux différentes manifestations du festival, offrant des retours précieux qui nous aident à affiner notre programmation. Leur présence contribue à créer une atmosphère conviviale et interculturelle, propice aux échanges. En tant que partenaires, nous collaborons avec des associations russophones pour organiser des événements spécifiques et pour promouvoir le festival au sein de leurs réseaux.

Enfin, en tant que sujet, la diaspora est souvent mise à l’honneur à travers des projets artistiques qui explorent les thèmes de l’exil, de l’identité et de la double appartenance culturelle. Ces initiatives permettent de mettre en lumière des récits personnels et de créer des ponts entre les différentes communautés, à l’image de ce que prolonge la culture russophone au Canada et en France via CQMI. Nous sommes convaincus que la diaspora russophone en France est une force vive qui contribue à la richesse et à la diversité de notre festival.

L’avenir du festival : ouverture vers d’autres mondes slaves

Camille Andreev : Envisagez-vous d'élargir la portée du festival à d'autres cultures slaves ? Comment voyez-vous l'avenir de Russenko ?
Mathieu Belov : L'avenir du festival Russenko est prometteur et nous envisageons effectivement d'élargir notre portée vers d'autres cultures slaves. Cette ouverture s'inscrit dans notre volonté de créer un dialogue interculturel plus large et de célébrer la diversité des expressions artistiques de l'Europe de l'Est. Nous sommes déjà en contact avec des artistes et des organisations culturelles de pays voisins comme l'Ukraine, la Biélorussie et les pays baltes.

Cette expansion nous permettra de proposer une programmation encore plus riche et diversifiée, en intégrant des influences culturelles variées. Nous souhaitons également renforcer notre réseau de partenaires internationaux pour faciliter les échanges artistiques et promouvoir les nouvelles voix du monde slave. Cette démarche s’accompagne d’une réflexion sur les enjeux contemporains qui touchent ces régions, afin de proposer des contenus pertinents et engagés.

En élargissant notre horizon, nous espérons attirer un public encore plus large et renforcer la position de Russenko comme un rendez-vous incontournable des cultures slaves en France. Nous restons fidèles à notre mission d’encourager la créativité et l’échange, tout en adaptant notre festival aux évolutions du paysage culturel mondial. Cette vision nous guide dans notre ambition de faire de Russenko un événement toujours plus ouvert et inclusif.

Questions rapides : les idées reçues

Camille Andreev : Vrai ou faux : « Le festival Russenko ne programme que des artistes pro-Kremlin »
Mathieu Belov : Faux. Notre programmation inclut une diversité de voix, qu'elles soient officielles ou dissidentes, en se basant sur des critères artistiques et non politiques.
Camille Andreev : Vrai ou faux : « Le public francophone ne s'intéresse pas au cinéma russe »
Mathieu Belov : Faux. Le cinéma russe suscite un intérêt croissant en France, et nos projections attirent de nombreux spectateurs curieux de découvrir cette cinématographie riche.
Camille Andreev : Vrai ou faux : « Un festival culturel franco-russe n'a plus sa place en 2026 »
Mathieu Belov : Faux. Plus que jamais, le dialogue culturel est essentiel pour favoriser la compréhension mutuelle et transcender les tensions politiques.
Camille Andreev : Vrai ou faux : « La musique russe contemporaine est inconnue en France »
Mathieu Belov : Faux. La musique russe contemporaine est de plus en plus présente en France, notamment grâce à des festivals et des concerts qui la mettent en avant.
Camille Andreev : Vrai ou faux : « Les artistes invités viennent uniquement de Moscou et Saint-Pétersbourg »
Mathieu Belov : Faux. Nous invitons des artistes de toute la Russie et de la diaspora, afin de refléter la diversité géographique et culturelle du pays.
Camille Andreev : Vrai ou faux : « Russenko est un festival exclusivement adulte »
Mathieu Belov : Faux. Le festival propose des activités pour tous les âges, y compris des ateliers et des spectacles adaptés aux enfants et aux familles.

Conclusion — les 3 choses à retenir

Mathieu Belov :
  1. Je suis convaincu que le festival Russenko est un espace unique de dialogue culturel entre la France et la Russie, au-delà des tensions politiques.
  2. Notre programmation cherche à équilibrer les voix officielles et dissidentes, tout en mettant en avant la diversité artistique russophone.
  3. L’avenir du festival pourrait inclure une ouverture vers d’autres cultures slaves, renforçant ainsi notre mission d’inclusion et de partage.

Le festival Russenko continue d’être un phare de la culture russophone en France, offrant une plateforme dynamique pour les artistes et un espace de découverte pour le public. Dans un monde en constante évolution, il joue un rôle crucial en favorisant les échanges culturels et en célébrant la diversité, aux côtés d’autres acteurs comme un libraire russe à Paris qui partage cette mission au quotidien dans son commerce. Mathieu Belov et son équipe sont déterminés à poursuivre cette mission avec passion et engagement. Le CQMI, structure engagée sur des missions similaires entre le Canada et la France, dresse un bilan comparable de son action dans notre entretien avec sa directrice des programmes culturels. Pour en savoir plus, consultez la programmation musicale russe contemporaine en France.